David Basso, photographe professionnel sur Valence

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Une partie de ma série « Femmes & Cigarettes » est actuellement exposée sur la vitrine du restaurant « L’Âne en Ciment. » (13 Place St Jean, 26000 Valence)

Les textes & poèmes sont signés Adrien Sabadel

 

Est-ce présent si on ne peut pas le palper, le pétrir ? La fumée, on ne la saisit pas. On croit peut-être la créer en allumant une cigarette, mais jamais elle ne nous appartient vraiment… Elle file… Alors, oui, elle est belle, oui elle est sublime, oui elle semble dessiner dans l’air des symboles à déchiffrer, elle semble nous murmurer des corps, des décors, des arènes hantées où tout entier, on aimerait se jeter, elle hurle les histoires qu’on aimerait oublier, elle chante celles dont on voudrait se rappeler. Mais aussitôt qu’on trouve le fil de la fumée, le vide s’y substitue et l’on finit par se demander si l’on a pas tout simplement rien vu. Seulement rêver d’elle virevoltant, évaporée, fuyante. Le contact est furtif, incertain… C’est un plaisir très vif. 

Un sens nous lie à ces femmes enveloppées dans le cocon de leur fumée. Ce n’est ni le toucher, ni le goût, ni l’odorat, ni même la vue ou l’ouïe. Ce qui nous lie ne se voit pas : c’est la fascination. Elles tiennent dans leurs yeux, dans leurs ombres, dans la chorégraphie chaotique de leur souffle un brasier. Celui de la colère, celui de l’enfoui, du secret qu’on ne se dit même plus à soi-même. Elles tiennent entre leurs doigts comme des algues le mystère insondable de la peine, de la nuit qu’on ne voit pas finir et dont on n’espère plus le jour. Elles tiennent dans leur silhouette la solitude de ce qu’on a peur de se dire, ce qu’on ne peut pas se formuler si l’on ne veut pas que nos jambes se mettent à trembler, si l’on ne veut pas goûter à l’obscur vertige-là devant ces vitrines. Elles tiennent un abîme qu’on chérit autant qu’on le masque. 

Peut-être que ça ne s’explique pas, peut-être que ça ne s’analyse pas. Peut-être que comme une dépression, ça se vit, ça se vibre, ça se sent. Et on repart en silence avant de revenir encore et encore. Pour une dernière cigarette ? Pour qu’elle nous berce de son tendre incendie.
 
Adrien Sabadel